RÉFLEXIONS DE DÉCEMBRE

En collaboration avec Mystic Moon.


Ces mots ont été recueillit, ici et là, dans le puits sans fond des notes de mon cellulaire, entre 2013 et 2018. Ceci est une visite libre au travers de mes pensées, de mes angoisses et de mes réflexions de décembre au travers du temps. Là où la solitude m'a longtemps offerte une cachette plus invitante et réconfortante que celle de la connexion, jusqu'à ce que je reconnaisse l'étendue de mes erreurs impressionantes.


Les souvenirs d'enfances qui sont tapissés dans mes jardins de décembre sont tout aussi grandioses que nombreux. J'étais entouré de mon petit frère, de mes parents, de ma famille et de tous les esprits du Temps des Fêtes lumineux et surprenants que j'invitais librement à jouer dans mon pays imaginaire. Je me souviens avoir fait des voeux, un pour chaque lumière dans le sapin, d'avoir trouvé mes grands-parent tellement beaux, d'avoir écrit 9 fois merci avec un e à l'envers dans mon petit journal à cadenas et d'avoir fait de ma marraine la plus belle Reine de toutes les fées... j'étais une bataille comblée.


Les saisons ont passé, les lumières dans les sapins sont devenu des étincelles fatiguées, les forêts se sont eteinte, une à une, à ma demande. J'étais devenue mon pire cauchemar; une pirate sans pensée joyeuse ni histoires à raconter.


J'ai l'impression d'avoir commencé à écrire cette page de journal au début de mon adolescence, comme si je n'avais jamais vraiment quitté cet endroit ou bien comme si cet dimension m'avait suivit sournoisement. Qui sait, peut-être ai-je moi-même laisser des lambeaux de pain d'épice sur la route pour que mes démons me retracent et que les coyotes me pourchassent ?


Je sais pas.

Il est extrêmement rare que je n'ai pas envie de savoir.

En fait, je crois en avoir une idée.

J'imagine que c'est simplement, vraiment difficile à avouer.


J'ai fini par faire de la solitude hivernale mon identité. La toute petite fille, forte dans la neige mais triste dans son terrier trop peu décoré, c'était ce que j'avais choisi de brandir très fièrement, haut et loin. Pendant que je me trouvais si spéciale et unique de trouver mon bonheur dans mes propres affaires, mon indépendance et ma force d'esprit se donnait en spectacle pour détourner le regard extérieur de mes peurs et de mon perpétuel manque de courage.


24/12/13 : est-ce que le manque de courage ne serait pas qu'une illusion qui cache en elle un ciel de blessures ? Car ce que je crois voir en moi, c'est une série de constellations qui ne brillent pour personne, ni même pour les loups.


Cette année-là, j'avais fait le choix conscient de me retirer, de m'éteindre doucement dans mon terrier à la veille de Noël. C'était le début d'une longue série d'études hivernales sur le thème de la solitude. L'art de transformer la tristesse en expérimentation. C'était ma manière de me protéger. Qui sait, peut-être est-ce encore la même aujourd'hui ?


Ma solitude de décembre était différente de celle de mai ou de septembre, car elle chancellait doucement entre le regret et l'isolation, plutôt qu'entre le réconfort et la plénitude. Là où le silence se transformait en couverture à la fois trop froide et trop brûlante, là où l'espace devenait presque intangible. Comme un rêve. Connecter avec l'humanité était devenu pour moi signe de torture et de souffrance imminente, car tout ce que je projetais dans les bras des autres, c'était une finalité certaine et brutale. Décembre était un enfer de bras grands ouverts.


23/12/16 : Liste d'avantage à être complètement seule pendant le Temps des Fêtes : 1- avoir moins de chance d'attrapper la gastro, 2- écouter de la musique d'Halloween, 3- ne pas avoir à faire semblant de sourire.


Une semaine plus tard, le 4 janvier 2016 à 3h18 au matin, je me suis évanouie en l'honneur de la gastro, en lui laissant comme offrande une clavicule et deux côtes. J'ai commencé à comprendre ce que c'était la honte.


Tout commençait à faire sens, inconsciemment. Je le reconnais aujourd'hui. Je détestais ni décembre, ni l'hiver, ni la neige, ni les célébrations, ni Michael Bublé, ni mes souvenirs, ni mes amis, ni ma famille, au contraire. Décembre était tout simplement un emballage parfait, une couverture symbolique qui gardait mes plus grandes craintes et mes plus grandes hontes. J'avais peur d'être blessé et j'avais honte de qui j'étais.


J'ai prit l'image de mon estomac à l'envers et mes os cassés comme un rejet catégorique de l'Univers. Je dois l'admettre, j'ai toujours été extrêmement dramatique. Mais malgré l'ampleur de la métaphore, c'est exactement le sentiment qui m'envahissait. L'Univers était, tout comme décembre, une cochonnerie de plus sur la liste exponentielle de tout ce que je détestais.


24/12/17 : Les trous noirs qui me fixent dans le mirroir me tachent d'ecchymoses. Ma tête s'invente un tout nouveau vertige et je glisse entre mes mains toujours aussi vides, d'avoir donner, redonner et redonner.


Après quatre ans d'étude non consciente, c'est à ce moment précis que j'ai réalisé que la source de l'isolation ne prenait pas vie à l'extérieur, mais bien dans les profondeurs de mes propres espaces. J'ai tout de suite vu. Je me suis vu, complètement seule, en plein centre d'une planète immense, entourée de milliards d'êtres humains tout aussi seuls. N'est-ce pas notre seule et unique tragédie ? Bien qu'à première vue tout de moi se sentait rejeter, y avait-il quelque chose, de mon côté, que je n'osais pas repousser ?


L'énergie, l'Amour, l'affection, la reconnaissance, la bienveillance, j'avais tout bani. Aveugle et immobile depuis combien de temps ? Je m'étais posé la question et qui sait ce que je me suis répondu... mais j'ai éclaté. Des miettes de coeur perdu dans l'angoisse et la honte. Des miettes ou des fragments multidimensionnels que j'allais ramasserer jusqu'au bout de ma vie je m'étais dit. J'avais tout à donner, m'offrir était ma plus grande qualité, mais qu'en était-il de recevoir de mon côté ?


J'ai commencé par tenter de recevoir l'hiver. La nature a toujours été pour moi une entité de confiance, c'était donc plus facile de lui présenter mes fissures. J'ai ouvert la cage dans ma poitrine à la pureté et à la douceur de la neige. J'ai laissé entrer les lumières des sapins des autres, j'ai offert du temps et de l'attention au ciel de décembre, le plus beau. Orion ne m'avait pas parlé depuis si longtemps.


C'est le vent d'hiver qui m'a apprit le mouvement, celui de prendre, sans devoir. Je me suis inspiré de l'air que j'avais besoin en tant qu'être humaine, pour réussir à accepter la connexion que j'avais besoin, en tant qu'être humaine. Mais pourquoi l'un est aussi simple et l'autre aussi brutal, quand les deux sont pourtant irréfutablement indispensables ?


24/12/18 : que vaut l'air au travers de mes peaux et de mes ciels, s'il n'y a personne dans mon univers pour me trouver belle ?


Après toutes ces années d'études inconscientes, maintenant lumineuses sous mon sapin presque décoré, je fais le choix aujourd'hui de faire du mois de décembre une dimension qui se balance librement entre offrir et recevoir. Là ou mes démons, les chiens, les coyotes et le Renard me regardent fièrement avec dans leur machoirs mes lambeaux de pains d'épices.


Je retrouve mes souvenirs et j'en imagine de nouveaux, de plus grands et de plus beaux. Des fantaisies de grandes tables pleines de retrouvailles et de nouvelles rencontres. Des histoires exagérées par les rires et les soupirs de nostalgie, des mots sentis et de longs baisers qui arrêtent le temps. Aussi, des tempêtes de neige violentes qui nous obligent à allumer les chandelles et à fermer nos portables pour un moment. De vieilles et de nouvelles traditions. Yule, mais à notre manière ! Là ouu Michael Bublé serait nommé Grand-Saint et là ouu tous les esprits de la nature seraient attendu sagement pour célébrer.


Et finalement, la solitude serait une douce pause bien méritée, là où je m'étendrais, comme une enfant, au beau milieu de tous les manteaux chauds d'invités étalés sur le lit de la chambre d'amis, en écoutant au loin les histoires infinies de tout ce qu'on aura bâti. Ensemble.


Avec Amour,

Vae