SOLITUDES, ISOLATION ET ROCKETS

Il y a des moments, où ça m'arrive de tout perdre.

Ma foi, ma magie, mon intuition, mes rêves et mes aspirations.

Et, c’est ok.


Il y a deux semaines au Québec, on célébrait la fête nationale. Le genre de moment où tous les yeux applaudissent les feux d’artifice et où tous les corps sourient très fort l’été maintenant installé. De mon côté, j’ai l’habitude de rester enfouie dans la fourrure rassurante de mon terrier montréalais, à étudier mon inconscient et à trouver des solutions créatives à tous les problèmes du monde entier. C’est ma manière de célébrer.


Tranquillement, je réinventais le monde, j’imaginais la nature prendre enfin sa place, j’écrivais de la poésie d’enfant qui n’a encore rien vu et je faisais semblant de lire des gros livres d’adulte pour retrouver les quelques morceaux de confiance en moi que j’avais perdue durant la journée ici et là, comme à l’habitude, comme tous les jours.


Je voyais la musique orangée de ma ville enfin animée. La température était reine, une déesse rare prête à tout partager. Les familles étaient décorées de souvenirs d’enfance, les filles de jupes volatiles et les garçons de fleur de lys. Il était très tard et malgré le soir, c’était plus clair à l’extérieur qu’à l’intérieur de chez moi.


Les gens, ils brillaient tellement que ça faisait mal.


Le genre de souffrance si grande que mes corps ont appris à la camoufler avec le temps, par amour. Pour nous protéger, pour mieux dormir, pour ne pas cesser de rêver.


La solitude elle est douce, plutôt silencieuse et elle me réserve habituellement une multitude de surprises et de révélations sur mes univers. Une vieille amie fidèle, légère, sereine. Mais ce soir-là, je ne l’ai pas reconnue, elle n’avait pas la même forme et n’avait pas la même couleur bleu océan profond qu’à l’habitude. Elle pesait plutôt sur les tempes et le haut des joues. Comme une envie de pleurer, intense, mais sèche, motivée par l’ennui de quelque chose de grand.


À cette étape, j’ai compris que mon petit bateau de papier avait dérivé. J’ai dû fermer mes journaux, éteindre mes chandelles et ouvrir toutes les lumières pour me reconnaître. Je me suis étendue doucement pour ouvrir ma poitrine à la plus grande maladie terrestre que je reconnais aujourd’hui comme étant l’isolation.


Loin des eaux rassurantes de la solitude,

L’isolation elle est vide et lourde à la fois,

Un mélange chaotique de glace et d’incompréhension.


Comment peut-on se sentir aussi seul.e, au milieu d’absolument tout ce qui bouge ?


J’ai appris avec le temps que si on résiste les émotions, elles persistent. Comme des enfants perdus qui ont besoin d’être vus et reconnus comme légitimes. Ce n’est donc pas sans souffrance que j’ai invité l’isolation à la fête, je lui ai offert de s’étendre au travers de mes jardins, pour mieux se faire entendre.


Je lui ai fait visiter tous nos espaces, de nos pièces les plus inspirées à nos salles de jeux les plus ambitieuses. On a visité nos plus beaux projets, nos plus grandes visions et tout ce qui nous rend fiers. On a parcouru des siècles de rêves et voyagé dans tous nos territoires encore vierges, inexplorés et prêts à tout recevoir. Et malgré tout ce chemin, la douleur elle prenait de plus en plus de place. La brillance de nos étoiles filantes s’évaporait, nos efforts étaient devenus un long chemin de traces de pas que le vent effaçait à mesure et malgré que l’été c’était enfin installé, l’hiver était revenu.


Et c’est les genoux dans les ruines que j’ai enfin eu le courage de m’écouter.

À quoi bon bâtir des univers imaginaires, s’il n’y a personne tout près avec qui partager ces découvertes ?


J’ai pleuré, longtemps, comme à chaque fois.


J’ai pris mon petit sac, un soulier noir et un soulier blanc et je suis partie à la recherche de la réponse à l’isolation, soit la connexion. J’ai marché longtemps, seule, sans destination précise à la recherche d’un petit regard, d’un sourire ou d’une voix. Rien.


J’ai visité le joli parc tout prêt de chez moi en prenant bien soin d’infiltrer mes yeux et mes cœurs dans chaque petit groupe de lanternes. J’attendais la passe d’un ballon de plage, une remarque agréable ou non, un chien curieux, un écureuil affamé. Rien.


Le parc commençait à se vider, peu à peu. Dans le bleu sombre et dans le silence, il ne restait que les plus amoureux, ceux avec les joues les plus rouges. Malgré notre ressemblance, j’ai cru comprendre que nos teintes de couleurs étaient différentes. Comme si avec les mêmes mots, on ne parlait plus le même langage. Comme si tous les autres allaient quelque part et que je n'avais pas eu le droit à la carte.

L’isolation est partie avec ma foi, ma magie, mon intuition, mes rêves et mes aspirations. Et en échange équitable, elle m’a laissé avec l’impuissance, la honte et la colère. Avec raison. En compagnie de mes trois copines, on a discuté, longtemps. On a maudit toutes les plus grandes beautés de ce monde, on s’est soulées au jugement, on a réinventé l’enfer, on est allé chez les doutes jouer à vérité ou conséquence et on s’est perdu dans notre identité.


Tout ça en quinze minutes,

Parce qu’on est habitué,

Et, c’est ok.


Et après avoir presque tout compris, la colère et moi on a eu l’idée de lancer un beau gros défi à l’univers. Un ultimatum. Un my way or the highway bien placé.


Univers,


Si je ne suis bel et bien pas seule dans cette dimension beaucoup trop souvent terrifiante et que toutes les études que je fais et la magie que je créer autour de moi en valent la peine, j’exige, avec mon grand pouvoir de petite être humaine, un signe extrêmement clair de ta pars et ce, avant que je sois sortie du parc.


Pour t'aider, voici une liste de suggestions :

-Un lampadaire qui explose

-Elon Musk qui arrive en Tesla noire et qui me demande en mariage

-Mon ami Le Corbeau qui me texte sur Instagram pour me dire qu’il déménage à Montréal

-Un renard sauvage qui s’approche prêt de moi avec la voix de Céline Dion pour me dire que tout va ben aller

-Recevoir, enfin, via chouette, ma lettre de Poudlard

-Faire jouer la chanson High Hopes de Panic at the Disco dans le ciel


Rien de moins.


J’étais à quelques pas de la sortie du parc, toujours rien.


J’étais sincèrement prête à tout abandonner, jusqu’à ce que je mette les deux pieds à l’extérieur du parc. Devant moi, se trouvait un chemin parfaitement tracé de Rockets, littéralement mes bonbons préférés, soutenus de petits caramels, de papiers de soie colorés en chiffon et de paillettes scintillantes et ce jusqu’à la rue menant au Terrier.


Ok. Tu gagnes Univers.

Jusqu’à la prochaine fois.

Avec amour,

Vae